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ÉDITORIAL – Le nouveau parti d’opposition : « À notre manière »

À l’occasion de la célébration du jour de l’indépendance de l’Artsakh, une question importante se pose : la page de l’Artsakh est-elle tournée ou non ? La stratégie du gouvernement arménien est claire : passer sous silence la question de l’Artsakh, donner la priorité à la signature de l’Accord de paix. Mais « passer sous silence » signifie-t-il  fermer cette page ? Jamais, au grand jamais. Plus les autorités arméniennes se taisent, plus la Russie, l’Azerbaïdjan et l’opposition arménienne qui est sous influence russe élèveront la voix. À cet égard, la réaction de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, répondant à l’allusion de Pachinian selon laquelle « l’accord du 9 novembre est resté au 9 novembre » est significative : « Je n’ai pas entendu dire que quelqu’un les ait refusés ou les ait rappelés. »

Aliev a obtenu à Washington la dissolution du Groupe de Minsk, dont l’objectif principal était la résolution de la question du Karabakh, mais la guerre de 44 jours de 2020 avait renié ses objectifs et ses principes. Cependant, à sa place était apparue la déclaration du 9 novembre sous le patronage de la Russie, dont le 9e point concerne la question des communications ouvertes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sous le contrôle de la partie russe. Aliev a exigé de l’Arménie la dissolution du Groupe de Minsk, sans oser demander l’annulation de l’accord du 9 novembre, qui actualise la question du Haut-Karabagh de manière plus aiguë, son 9e point étant le principal acquis de Trump dans l’accord pré-signé à Washington : confier pour 100 ans la route du Syunik à une compagnie américaine. Une transaction inacceptable pour la partie russe en situation normale, mais la guerre ukrainienne a changé la donne et a permis aux États-Unis de pénétrer dans le Caucase du Sud.

C’est à la lumière de ces réalités qu’il faut appréhender la fondation du mouvement populaire volontaire « À notre manière » sous la direction de Narek Karapetian, à la veille du jour de l’indépendance de l’Artsakh, qui deviendra aussi un parti politique pour participer aux élections de 2026, comme le mentionne la déclaration de fondation : « Des processus électoraux sont attendus prochainement en Arménie, et la forme la plus appropriée prévue par la loi pour y participer est la participation partisane. »

L’expression « À notre manière » appartient à l’homme d’affaires et bienfaiteur du Saint-Siège Samuel Karapetian, dont le neveu Narek Karapetian est le coordinateur du Mouvement. Dès sa création, Sa Sainteté a reçu à Etchmiadzine les représentants d’« À notre manière ».

Quant à Samuel Karapetian, il a déclaré depuis sa prison : « Chers compatriotes, en rejoignant le mouvement “À notre manière”, vous devenez partie intégrante d’une grande équipe qui travaille pour l’avenir de l’Arménie. Je suis confiant qu’ensemble nous pourrons commencer une nouvelle phase dans la vie de notre pays. Le peuple arménien mérite une vie digne, et notre État mérite le respect. Et nous atteindrons tout cela par un travail quotidien dévoué. »

Ainsi, Samuel Karapetian, qui s’est enrichi en Russie et est devenu oligarque, suit l’exemple de l’ancien président de Géorgie et fondateur du parti « Rêve géorgien »  Bidzina Ivanichvili, passant des affaires à l’activité politique, qui a réaffirmé l’orientation pro-russe de la Géorgie.

Sur le plan international, certains signaux suggèrent une forte contre-réaction russe face à la diminution de son rôle dans le processus de paix Arménie-Azerbaïdjan. Les signes sont perceptibles d’abord dans la détérioration des relations avec l’Azerbaïdjan en raison des poursuites personnelles visant les oligarques proches d’Aliev et du ciblage par le pouvoir des biens leur appartenant. 

J. Tch.

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